L'audition de Mark Zuckerberg au Parlement européen a été un grand succès. Pas pour vous, les utilisateurs, mais bien pour les dizaines de politiciens tant nationaux qu'européens, qui ont pu ainsi faire la une des médias sans vraiment rien devoir faire.

L'audition proprement dite était une sorte d'examen oral rondement mené, au cours duquel les examinateurs ont passé plus de temps à poser leurs questions que celui mis par Zuckerberg pour y répondre. Il était du reste bien malaisé de savoir à l'avance quelles seraient les cinq questions les plus pertinentes.

Les réponses se résumèrent à pas grand-chose d'autre qu'un communiqué à moitié lu. Une fois encore, le CEO de Facebook insista sur le fait que les discours de haine et la violence n'étaient pas les bienvenus sur son site. Mais aussi que le réseau social avait besoin de plus de temps pour y faire face. Pourrait-on nous également invoquer ce genre d'argument auprès de la police? "Désolé, monsieur l'agent. Je sais que mes phares ne fonctionnent pas, mais j'ai besoin de plus de temps pour les réparer. Je vous promets que cela n'arrivera plus."

Contrairement à certains de leurs collègues américains, les parlementaire européens présents savaient parfaitement ce qu'était internet et comment Facebook gagne de l'argent. Mais la session s'est plutôt transformée en une valse de non-réponses aux questions. Et lorsque Zuckerberg mentit carrément dans ses explications, personne ne réagit. Je conseillerais donc surtout à nos politiciens de pointer du doigt ce qui ne va pas, plutôt que de comprendre de quoi il s'agit.

Autorisation escamotée

Lorsqu'on aborda le GDPR, Zuckerberg tint notamment les propos suivants: "Nous voulons une mise en conformité complète d'ici le 25 mai et nous y travaillons depuis tout un temps déjà avec une équipe entière." Et d'ajouter peu après: "La dernière chose que nous voulons, c'est que les gens aillent trop vite en besogne et se contentent de cliquer sur 'oui' ou 'non' pour être parés. Voilà pourquoi nous avons progressivement déployé des paramètres GDPR."

Il s'agit là d'un mensonge éhonté. Il y a de fortes chances que ces dernières semaines, vous ayez donné votre accord pour la reconnaissance faciale, parce que vous en avez tout simplement besoin. Les utilisateurs de Facebook ont en effet reçu d'abord de longues explications sur de 'meilleures publicités', pour se voir proposer dans la foulée un écran similaire à propos de la reconnaissance faciale.

Dans les deux cas, vous ne pouviez pas choisir entre 'oui' ou 'non', mais bien entre 'Accepter et poursuivre' ou 'Gérer le paramètre des données'. Autrement dit, vous pouviez l'accepter et dégager ou il vous fallait réfléchir à ce que Mark voulait dire exactement par là.

Moins de profilage, plus de réglementation

On peut reprocher à Zuckerberg qu'il a déconné quelque peu vis-à-vis de nos parlementaires européens et qu'il nous prend régulièrement pour des bonnes poires, mais en fait, on pourrait tenir le même langage à l'égard de nos politiciens. Européens, fédéraux, régionaux, ils étaient tous en train de se battre la coulpe ces derniers mois. 'Il faut que cela cesse!', 'nous sommes préoccupés!', 'je me pose des questions!'. Comme c'est gentil de vous soucier de nous. Mais un seul d'entre vous a-t-il déjà préparé ne fût-ce qu'une proposition de loi en vue d'imposer rapidement des amendes à ce genre d'entreprise pour avoir enfreint le respect de notre vie privée?

Et si un politicien venait du reste vous dire que le GDPR va tout résoudre, sachez que cette loi stipule que les entreprises en question seront sanctionnées dans le pays hébergeant leur siège principal. Reste à espérer donc que l'Irlande disposera dans les années à venir de suffisamment de moyens pour combattre les infractions au respect de la vie privée.

Si l'Europe veut vraiment obtenir des garanties de Facebook, il convient de créer des lois plus rigoureuses et de les appliquer en tant que telles. Il ne faudra alors plus demander à Zuckerberg de bien vouloir venir prononcer un discours convenu, mais simplement d'imposer une amende ou une scission à son entreprise. Facebook souhaite-t-elle racheter un acteur data en vue? D'accord, mais dans ce cas, il faut des garanties en matière de confidentialité et de protection des données. Dans le cas contraire, place aux amendes qui seront perçues rapidement.

Les choses sont très simples: Facebook est une firme qui brasse des milliards et qui tire son bénéfice de publicités très ciblées. Plus elle pourra jongler avec nos données, plus elle sera rentable. Si l'Europe pouvait investir la même énergie que celle consacrée à l'audition d'hier, dans une loi qui ferait trembler sur leurs bases des entreprises de données comme Facebook, lorsqu'elles sortent du droit chemin, Zuck viendrait alors lui-même demander s'il peut, une petite heure durant, donner des explications sur ses pratiques. Qui sait, il aura peut-être ensuite un peu de temps libre pour un selfie.