C'est vraiment une histoire d'occasions ratées : telle fut en effet ma réponse lorsqu'il me demanda mon avis sur le lancement d'Itsme. Il se mit alors à soupirer, à dodeliner de la tête et à me jeter un regard interrogateur, me demandant de préciser ma pensée. "Certes, les problèmes de démarrage sont regrettables, mais ils ont entre-temps été résolus", se justifie-t-il alors. Mais ma réaction fuse. Que je regrette que l'eID ne puisse pas encore être utilisée pour activer l'identification mobile sur son smartphone. Qu'il faille passer par une grande banque partenaire du projet. Il se cabre, mais semble avoir préparé sa réponse. Mais j'avais encore une dernière cartouche.

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Itsme, c'est une histoire d'occasions manquées

Pourquoi n'avoir pas prévu d'emblée dès le lancement que l'une des applications eID les plus utilisées soit directement accessible via une carte d'identité mobile ? Tout contribuable s'affaire en effet pour l'instant à remplir sa déclaration annuelle via Tax-on-Web : voilà bien une occasion manquée pour Itsme de présenter une application pratique et largement répandue. Le smartphone comme outil d'identification pour sa déclaration fiscale : plus besoin de lecteur de carte. Il n'acquisse pas, mais son rictus et sa moue en disent long. Un seul regard interrogateur m'avait suffi.

"En fait, il entrait bel et bien dans nos intentions de le proposer dès le lancement d'Itsme, mais le timing ne le permettait pas", concède-t-il.

Certes, il peut faire valoir des circonstances atténuantes. Déterminer avec précision dès le départ les flux et échanges de données, de même que garantir les aspects de vie privée du citoyen : autant de processus de décision nécessitant un certain temps. Le fait que la Commission vie privée ait pris plus de temps que prévu pour rendre son avis final n'a rien d'un scandale au vu des moyens limités dont l'institution dispose. De même, le cadre législatif n'existe que depuis la mi-janvier, avec l'approbation par le conseil des ministres du projet de loi sur les moyens d'identification innovants permettant de se connecter sur les sites des pouvoirs publics lorsqu'une administration n'est pas le concepteur de ces mêmes outils d'identification mobile.

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Tax-on-Web via Itsme: voilà qui aurait été un signal fort

Quoi qu'il en soit, cela fait maintenant un an que les 4 grandes banques et 3 opérateurs mobiles faisant partie du consortium Belgian Mobile Wallet ont annoncé vouloir changer leur fusil d'épaule et mettre au point sous la bannière Belgian Mobile ID une solution sécurisée d'identification mobile. Précédemment déjà, ce même consortium avait développé l'application Sixdots pour paiements mobiles, un projet qui a finalement échoué et a été arrêté en 2015.

Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'une occasion manquée par les pouvoirs publics de montrer à l'ensemble des citoyens qu'en ces temps où le customer journey et la customer experience n'ont jamais été aussi importants, l'administration entend jouer à fond la carte du numérique. Ou mieux, entend exploiter une déclinaison rapide et efficace d'une stratégie définie voici un certain temps déjà.

Désormais donc, le projet atterrit dans le puits sans fond des projets IT livrés sans être finalisés afin de respecter les délais. Et c'est d'autant plus regrettable que l'initiative méritait mieux. Itsme est une tentative louable visant à permettre à des partenaires privés expérimentés de répondre à l'hégémonie américaine des Facebook et Google de ce monde. Je ne peux qu'espérer que de nouvelles applications performantes et domaines d'application verront rapidement le jour, afin de permettre à Itsme d'atteindre une taille suffisante pour devenir pertinent et s'imposer définitivement.

Les premières réactions du secteur privé sont en tout cas prudemment positives. Ce 'il' dont je préfère taire le nom est d'ailleurs convaincu que ces nouvelles applications seront très rapidement disponibles. Je l'espère sincèrement pour lui et ose croire que les choses évolueront différemment de l'eID qui allait également devenir la solution de login universelle. Car si les bonnes idées peuvent se révéler extrêmement utiles, il faut que leur développement effectif soit couronné de succès.