Polar a fait en sorte de partager par défaut la localisation pour les activités de sport. Jusqu'à encore récemment, il était donc possible de voir quels utilisateurs étaient actifs à quels endroits. Si la chose peut se révéler très pratique pour traverser un bois sans sentiers, elle constitue aussi un risque sur et autour des bases militaires. Entre-temps, Polar, sur l'insistance de De Correspondent et de Bellingcat, qui ont mené l'enquête, a fait le nécessaire pour protéger provisoirement ses données.

Par l'intermédiaire de De Correspondent, Data News et Knack ont eu accès aux profils belges sur lesquels le quotidien néerlandais était tombé pendant ses recherches. Les deux sites ont analysé près de 150 sites sensibles d'un point de vue stratégique, comme des bases militaires et des ambassades. Sur les 7 771 profils analysés, 613 sont belges.

L'OTAN, Kleine Brogel, l'ambassade américaine et Doel

Les données nous apprennent qu'environ 207 profils belges aiment faire du sport autour de l'ambassade américaine, et que 192 autres se sont livrés à une petite séance d'entraînement à proximité du siège de l'OTAN à Evere. De plus, les environs de la base aérienne militaire de Kleine Brogel ont été choisis comme terrain de jeu par 126 profils, et 88 autres ont été localisés non loin de la centrale nucléaire de Doel.

Le nouveau quartier général de l'OTAN

Le nouveau quartier général de l'OTAN © Moors M.

Les données révèlent aussi que quelque 95 non-Belges s'entraînent autour des sites en question : 48 à Kleine Brogel, 21 à Doel, 15 autour de l'ambassade américaine et 11 à proximité de l'OTAN.

Petite précision importante, tous les profils analysés ne sont pas nécessairement des militaires. Il s'agit plutôt d'utilisateurs d'une application ou d'un appareil Polar qui s'entraînent sur ou autour des sites concernés. Ainsi, le Mi5, les services secrets britanniques, est situé dans une zone à forte densité de population, ce qui signifie que les utilisateurs peuvent tout aussi bien être des sportifs qui aiment s'entraîner autour du site. On a d'ailleurs répertorié quatre profils belges près du MI5.

Les Belges à l'étranger

De manière générale, il faut bien préciser que nous n'avons pas fait de découvertes inattendues. Nous avons recensé plusieurs dizaines de profils belges sur des bases néerlandaises, françaises et allemandes, dont 13 Belges sur la seule base aérienne allemande de Spangdahlhem.

On a droit à un peu plus d'exotisme en ce qui concerne les quatre coureurs belges repérés autour de la base aérienne de Mazar-i-Sharif dans le nord de l'Afghanistan, et le seul Belge courant à Camp Eggers, une base située à Kaboul, également en Afghanistan. Nos analyses ont aussi révélé la présence d'un coureur belge près de la Maison-Blanche, mais comme nous l'avons précisé, dans les zones densément peuplées, il peut toujours s'agir de simples citoyens.

Pour le reste, il s'agit principalement de 1 à 2 profils par site. On compte ainsi un Belge à proximité du site de la CIA et un autre près du Secret Service Training Center dans le Maryland aux États-Unis.

Vigilance ordinaire

Aux Pays-Bas, la découverte de cette fuite de données a poussé la Défense à restreindre provisoirement l'utilisation de tels traceurs et applications. S'agissant du cabinet du ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, on a décidé de ne pas paniquer.

"Nous investissons depuis longtemps dans la sensibilisation, aussi bien pendant la formation de base que lorsque le personnel militaire est déployé sur le terrain. Et cela va même bien au-delà de l'utilisation d'applications sportives. Nous abordons notamment l'utilisation des réseaux sociaux en mission, explique Laurence Mortier, porte-parole du ministre de la Défense, à Data News. Nous allons revoir la situation, mais, pour l'heure, nous n'envisageons pas de prendre de nouvelles mesures."