L'UE lancera bientôt à quatre postes-frontières en Lituanie, en Hongrie et en Grèce un projet-pilote, dont le but est de contrôler si les gens mentent. Les voyageurs doivent chez eux d'abord faire parvenir par le biais d'une application en ligne une photo de leur passeport et visa. Ensuite, un garde-frontière virtuel leur pose des questions personnalisées, en fonction de leur sexe, ethnie et langue. Ils doivent répondre via la webcam, après quoi le risque qu'ils représentent, est évalué.

Les voyageurs qualifiés à 'haut risque' se voient soumis à la frontière à un contrôle plus fouillé de la part du 'système de détection de mensonges intelligent', comme la Commission européenne elle-même l'appelle. Pendant que les voyageurs sont interrogés sur ce qu'ils ont dans leurs bagages, le robot AI analyse ce qu'on appelle leurs micro-expressions, comme un tremblement oculaire ou un rehaussement de la commissure des lèvres. Le risque est ensuite réévalué. Dans le cas d'une situation suspecte, un garde-frontière humain peut emmener le voyageur dans un local annexe pour un screening plus détaillé.

Le projet baptisé iBorderCtrl fait partie du programme d'innovation Horizon 2000 de l'UE. Il est basé sur un système qui a atteint une précision de 76 pour cent, mais dans le cadre d'un test réalisé sur 30 personnes seulement. Le système sera expérimenté plus avant au cours du prochain semestre, selon le New Scientist.

Critique

Bruno Verschuere, professeur de psychologie forensique à l'université d'Amsterdam, s'étonne du projet dans le journal Volkskrant: "C'est l'incarnation même de tout ce qu'il ne faut pas faire en matière de détection de mensonges." Il n'existe aucune preuve de la croyance populaire, selon laquelle les menteurs sont stressés, et que ce stress se traduit en tremblements oculaires ou en mouvements de la commissure des lèvres. "On peut disposer de la machine AI la plus sophistiquée qui soit, ce qui est assurément le cas ici, mais si on y introduit des absurdités, il n'en sortira que des absurdités."

Son collègue Bennett Kleinberg, un psychologue lié à l'University College London, partage cet avis: "Cela peut conduire à la mise en oeuvre d'un contrôle frontalier pseudo-scientifique."