Le gestionnaire du rail néerlandais ProRail entend d'ici la fin de cette année lancer les premiers tests d'un train de marchandises autonome, pouvait-on lire hier jeudi dans le journal De Telegraaf. Quant au premier essai d'un train de voyageurs autonome, il est prévu pour l'an prochain, selon le directeur de ProRail, Pier Eringa. Et d'ici 2023, les trains autonomes devraient effectivement circuler aux Pays-Bas.

Ce timing semble certes ambitieux, mais il y a de quoi. Le fait est que ProRail est actif dans le domaine depuis assez longtemps déjà. Le projet-pilote était initialement prévu pour fin 2017, puis a été reporté au printemps de 2018. A présent que le gestionnaire du rail néerlandais a quasiment reçu l'autorisation nécessaire, il espère pouvoir mettre son projet en pratique d'ici la fin de l'année.

Du reste, le terme 'autonome' doit être interprété de manière assez large. Il est en effet question ici de la technique ATO (Automatic Train Operation). Parallèlement à l'évolution attendue pour les voitures autonomes, elle se déroulera en plusieurs phases. Les tests de Prorail seront effectués au niveau ATO 2: seuls le freinage et l'accélération seront automatisés. Ce ne sera que dans la toute dernière phase (niveau ATO 4) que le train n'aura plus besoin d'un machiniste.

Il règne pourtant déjà une certaine inquiétude parmi les conducteurs de train. Ainsi, un syndicat du rail néerlandais a ce jeudi exprimé son mécontentement. ''Si besoin est, nous inviterons tous les machinistes des Pays-Bas à bloquer ces tests'', a déclaré Henri Janssen, responsable du syndicat FNV.

Chez nous, la SNCB recourt aussi à la technique ATO assurant un freinage et une accélération automatiques des trains (niveau 2 donc). "En optimalisant les courbes de freinage et d'accélération, il est possible d'améliorer le flux du trafic ferroviaire", affirme Bart Crols, porte-parole de la SNCB. Et d'ajouter qu'un freinage et une accélération plus efficients permettent surtout d'accroître la capacité de la connexion Nord-Midi à Bruxelles, laquelle représente un goulet d'étranglement, où de nombreux trains se suivent de près.

La SNCB ne souhaite pas révéler un timing, mais l'objectif est que la technique soit introduite "dans le courant des prochaines années".

Pour sa part, Londres va à partir de l'année prochaine permettre à ses trains de freiner et d'accélérer automatiquement. Et d'autres sociétés des chemins de fer pensent même passer au niveau ATO supérieur. C'est ainsi que la SNCF a annoncé ce mois-ci déjà vouloir d'ici 2023 lancer les premiers prototypes de trains roulant sans conducteur. Ces trains devraient faire partie du trafic ferroviaire normal à l'horizon 2025. La société des chemins de fer française entend libérer dans ce but cent millions d'euros par an.

Est-il vraiment réaliste de voir rouler bientôt des trains sans machiniste sur les voies?

Il existe déjà des systèmes de métro qui exploitent la technique ATO pour se déplacer sans conducteur. Mais il s'agit là de systèmes relativement contrôlés, où il n'est par exemple pas possible qu'une... vache se retrouve subitement sur les voies. Les trains autonomes, eux, devront pouvoir détecter ce genre d'obstacle, tout comme les voitures sans chauffeur, mais ils seront caractérisés par une distance de freinage nettement plus longue. Les capteurs équipant les trains autonomes devront donc 'regarder' beaucoup plus loin.

Le défi est de taille. Le train autonome, où le machiniste deviendra superflu, n'est par conséquent pas pour tout de suite, indépendamment des protestations des syndicats. Par contre, la technique assumera progressivement toujours plus de tâches du machiniste.

Pour la SNCB, les tests consistant à faire stopper et démarrer un train de manière totalement automatique ne sont pas encore à l'ordre du jour. "Mais nous suivons ces développement avec une grande attention", y déclare-t-on.