"The nineties were so much better", comme le chante le groupe flamand De Fanfaar sur son ode 'Dansen op Nirvana' devenue l'une de ses références. Ce sentiment est plutôt universel à en croire les revues de mode et les observateurs de tendances. Vogue a par exemple élevé la nostalgie au rang de tendance de la mode en 2018 et ce, sur base des commandes de recherche sur Google durant cette année. Du reste, les revues de mode Elle et Fashionista l'avaient précédemment déjà évoqué dans leurs colonnes.

La raison de toute cette nostalgie se retrouve parfois dans l'actualité, voire dans la crise. "Nous nous réfugions dans le passé comme pour résister à tout ce qui se passe autour de nous ou comme pour ancrer des choses dans un environnement plus stable", déclare Kate Nelson Best, auteure du livre The History of Fashion Journalism, à Quartz. L'idée est que nous, et surtout les 'millennials' (la génération Y), éprouvions des craintes et des incertitudes à propos du monde actuel, et qu'il est donc bon de repenser à des temps à la fois meilleurs et plus simples. Surtout du fait que nous pouvons ainsi mettre momentanément de côté les problèmes de notre époque. Les années nonante ont pourtant connu aussi la récession, ainsi que la Guerre du Golfe et les combats en Yougoslavie par exemple, mais la nostalgie porte généralement sur la musique, les vêtements et d'autres phénomènes culturels. Ces dernières années, on a vu notamment un reboot de Beverly Hills 90210, le retour de la série Full House et celui du 'combat boot', en version hip sur Instagram, évidemment.

Qu'est-ce que la nostalgie technologique?

Ce qui est intéressant à observer, c'est que les entreprises technologiques tentent aussi de sauter dans ce train. Cela peut paraître fou à première vue, puisque la technologie, c'est par définition une fuite en avant. Il n'y a personne qui va utiliser MySpace de manière ironique, et l'on ne voit pas Microsoft rebooter encore Clippy au moyen d'une nouvelle intelligence artificielle pilotée par l'apprentissage machine.

Mais si les consommateurs veulent de 'l'ancien', ils l'auront. Instagram a ainsi grandi notamment grâce à ses filtres aux tons sépia, comme un clin d'oeil lancé à l'époque où prendre des photos s'avérait nettement plus difficile que la simple utilisation d'un téléphone intégrant un appareil photo haute résolution équipé de la reconnaissance faciale automatique. Cette année a vu aussi la sortie de Huji, une petite appli iOS portant le slogan 'Just like 1998'. Les prises de vue qu'elle permet de faire, semblent sortir tout droit d'un appareil jetable bon marché, ce qui était aussi l'objectif.

Ce qui est vendu ici, s'appelle l'authenticité en langage marketing. Ce sont des éléments cool du passé revêtus d'un habit pratique moderne. C'est ainsi que Nintendo a déployé en 2016 une version repensée de sa console NES avec entrée HDMI et connecteurs USB, afin de pouvoir être branchée sur un téléviseur moderne. Le produit a connu un tel succès qu'une Super NES a suivi l'année dernière. Et en 2018, on a vu arriver une console Famicom nouvelle formule. Même Sony est de la partie avec une variante retravaillée de sa première console PlayStation. Dans chaque cas, le design retro et les jeux ont été conservés, mais l'appareil a été allégé de ses éléments plutôt négatifs. Il ne faut plus souffler sur les cartouches pour qu'elles fonctionnent, et il y a la sauvegarde des parties. De la nostalgie pure, donc: le meilleur du passé sans les inconvénients.

Nokia 8110 © .

Nintendo sait comment vendre la nostalgie, et HMD Global semble également avoir trouvé la formule. L'entreprise chinoise a sorti ces dernières années des rééditions de quelques modèles Nokia bien connus. En conservant l'ancien design, mais à moindre coût car de fabrication chinoise, et dans le cas du 8810 4G (le téléphone banane) avec une version allégée d'Android pour surfer sur Facebook.

Et cela marche. L'un des jeux les plus populaires de l'année est par exemple Pokemon Let's Go. Ce jeu est une étrange combinaison des jeux classiques Pokemon Red et Blue sur GameBoy, mais sans la frustration et avec un tas de gadgets modernes. Le jeu se déroule dans la région de Kanto, sur une carte qui est une copie de celle des jeux originaux, en ce compris les tunnels infestés de Zubat, et les Pokemon Towers remplies de spectres. Le tout a certes fait l'objet d'une solide mise à niveau visuelle, mais reste parfaitement reconnaissable, même pour les gens qui n'ont pas joué au jeu original. Les personnages de la série d'animation (Jessie, James, leur chat) qui faisaient de Pokemon un phénomène des années nonante, sont bien présents. Tout comme pour les consoles, Nintendo a arrondi les angles. Le degré de difficulté est nettement moindre que dans le jeu GameBoy, et Nintendo a ajouté notamment les commandes de mouvements, ainsi qu'un lien avec le jeu mobile incroyablement populaire Pokemon GO, afin que vous puissiez transférer les bestioles de votre appareil mobile vers la console Nintendo Switch.

'Hit or miss'

D'autres firmes technologiques tentent leur chance aussi avec, à la clé, un succès mitigé. La PlayStation Classic ne semble par exemple pas rencontrer la réussite espérée par Sony. Qu'importe, l'entreprise effectuera bientôt un nouvel essai avec une version mobile de Lemmings, l'un des jeux vidéo les plus populaires de l'histoire. On n'en connaît encore guère de détails, à l'exception du fait qu'il contiendra la fonction 'achats in-app'. Sony introduira ainsi l'une des frustrations modernes dans un ancien jeu, qui en était dépourvu.