L'atmosphère terrestre n'a pas de frontière bien définie. Pour pouvoir distinguer quand même celle-ci de l'espace, on a généralement fixé la limite à 100 kilomètres d'altitude. Cette 'ligne Kármán', comme on l'appelle, est reconnue au niveau international, mais pour l'armée de l'air américaine, il 'suffit' de dépasser la barre des 50 miles (80,5 kilomètres) pour pouvoir être qualifié d'astronaute.

Virgin Galactic a réussi à franchir cette ligne jeudi soir, ce qui est une première pour un service de passagers commercial. Peu après 17 heures belges, l'avion porteur VMS Eve a décollé du désert de Mojave en Californie. A 13 kilomètres de hauteur, les moteurs-fusées de SpaceShipTwo ont été activés. Il en résulte que Mark "Forger" Stucky et l'ex-astronaute du spaceshuttle Rick "C.J." Sturckow ont atteint une altitude de 82,7 kilomètres, où ils ont pu pendant quelques minutes ressentir les effets de l'apesanteur. Les deux pilotes-testeurs sont ensuite revenus sur Terre.

Ce vol-test réussi constitue un incitant pour Virgin Galactic, après qu'un SpaceShipTwo se soit écrasé en 2014 et qu'un pilote ait perdu la vie. Il s'agit aussi d'une première étape vers le tourisme spatial, qui devrait s'épanouir dans les années à venir. Lors du test, quatre chargements utiles de l'agence aéronautique américaine NASA se trouvaient à bord. Ils devaient simuler le poids de quatre touristes spatiaux que l'entreprise de Richard Branson souhaite emmener dans le futur. Selon Virgin Galactic, plus de 600 personnes ont déjà réservé un siège. Un ticket pour un vol d'une heure et demi devrait coûter 250.000 dollars.

Nouvelle course dans l'espace

Une nouvelle course dans l'espace semble dès lors engagée: c'est à qui emmènera le premier touriste tout là-haut. Deux entreprises aéronautiques américaines ont ici des ambitions très claires. Blue Origin, la société aéronautique du directeur d'Amazon, Jeff Bezos, entend proposer des vols dans l'espace juste au-delà la ligne de Kármán: soit 20 kilomètres plus haut que Virgin Galactic donc. Voilà qui explique que Bezos et Branson ont chacun leur propre définition de 'l'espace'. Quant à SpaceX, l'entreprise aéronautique d'Elon Musk, elle veut, elle, rejoindre directement la lune. Elle entend en 2023 effectuer le tour de celle-ci avec le milliardaire japonais Yusaku Maeazawa à bord.

A ce jour, des personnes n'étaient envoyées dans l'espace que par des nations. Jusqu'en 2011, la NASA disposait pour cela du SpaceShuttle. Depuis que ce programme a été arrêté, il n'y a plus eu de vols habités dans l'espace au départ de bases américaines. Depuis lors, la NASA doit avoir recours au Soyouz russe pour expédier ses astronautes dans l'espace. L'organisation aéronautique américaine espère bientôt pouvoir compter sur le Dragon 2 de SpaceX et sur le Boeing Starliner pour effectuer des missions habituées vers l'ISS.