Il est question ici de la nouvelle loi sur les droits d'auteur et plus spécifiquement de son article 13. Dans sa forme actuelle, il stipule que les plates-formes comme YouTube, Facebook ou d'autres sont responsables, lorsque des utilisateurs y déposent des choses, à propos desquelles l'indemnisation au niveau du droit d'auteur n'est pas entièrement étanche.

Susan Wojcicki, CEO de YouTube, écrit dans un message posté sur son blog qu'elle soutient certes l'objectif de l'article 13, mais que cela pourrait néanmoins avoir divers effets indésirables. Et d'indiquer que sa faisabilité est irréaliste, parce que les propriétaires des droits d'auteur ne sont souvent pas d'accord entre eux à propos de qui possède quels droits. En guise d'exemple, elle cite le hit mondial Despacito, pour lequel YouTube paie pour le proposer sur son site, mais dont certains titulaires du droit d'auteur sont encore et toujours inconnus.

Susan Wojcicki

Susan Wojcicki © Reuters

"Cette incertitude signifie que nous devrons peut-être bloquer des vidéos, afin d'éluder la responsabilité prévue à l'article 13. Si on multiplie cela à l'échelle de YouTube, où on dépose plus de 400 heures de vidéo par minute, la responsabilité potentielle peut devenir tellement grande qu'aucune entreprise ne voudra courir un tel risque financier."

En résumé, Wojcicki affirme que si tout un chacun pouvait exiger correctement de supprimer des vidéos ou d'être dédommagé suite à une violation du droit d'auteur, il serait pécuniairement impossible de maintenir en vie une plate-forme comme YouTube. Si la loi est appliquée, l'entreprise se verra alors obligée de bloquer certaines vidéos. Wojcicki parle "d'un impact sur la vie de centaines de milliers de personnes."

Devenue grande 'grâce' au piratage

Les propos de Wojcicki méritent cependant d'être nuancés. C'est ainsi qu'à ses débuts, YouTube est devenue populaire, parce qu'elle regorgeait de séries et de morceaux de musique qui y avaient été déposés illégalement par des utilisateurs. YouTube fit par conséquent en 2007 l'objet d'une réclamation en dommages et intérêts d'un montant d'un milliard de dollars de la part de Viacom. Ce n'est qu'ensuite que YouTube, qui appartient à Google depuis 2006, a commencé à conclure des partenariats dans le secteur audiovisuel et à indemniser les artistes, si des fans téléchargeaient illégalement leur musique.

On ne sait pas combien Google (ou plutôt sa société-mère Alphabet) tire précisément comme revenus de YouTube, mais le site de vidéos représente bien l'une des principales entités dans le portefeuille de l'entreprise. En 2017, cette dernière a enregistré un chiffre d'affaires de 109,65 milliards de dollars et un bénéfice net de 12,6 milliards de dollars.